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4.2 Optimisation des coûts

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Le second objectif important du management de l’énergie est l’optimisation des coûts. Il existe pour l’essentiel deux manières de réduire au minimum les coûts de l’approvisionnement en énergie (qui comprennent toujours l’approvisionnement et l’élimination): une faible consommation ou un achat à bas prix.

Une consommation réduite est atteinte grâce à des économies d’énergie. Cet aspect est traité dans le chapitre 9).

Nous aborderons ici la thématique de l’achat d’énergie à bas prix ainsi que d’autres mesures de réduction des coûts.

Quoi qu’il en soit, ces mesures ne doivent jamais influer négativement sur le confort et la fonctionnalité.

4.2.1 Définition des objectifs

L’optimisation des coûts exige également de fixer des objectifs. Par exemple, on peut définir un programme sur 3 ans permettant d’économiser chaque année 10 % des coûts de l’énergie. A cet effet, on définit un budget tenant compte de l’économie réalisée. L’évolution des prix de l’énergie est alors prise en compte, ce qui signifie que l’inflation énergétique (positive ou négative) est calculée séparément. L’économie est calculée sans la variation des prix de l’énergie (au réel, ou sans inflation).

De tels objectifs peuvent être définis pour un bâtiment, une entreprise ou une usine.

Un autre objectif peut consister à comparer les coûts de l’énergie à d’autres (benchmarks) et de tenter d’obtenir une valeur plus avantageuse ou des prix plus bas.

La comparaison des prix de l’énergie et donc des coûts peut jouer un rôle dans le cadre d’une comparaison de sites pour une installation industrielle ou un bâtiment, notamment pour les entreprises grosses consommatrices d’énergie.

4.2.2 Création de caractéristiques

Le relevé de la situation actuelle des coûts est relativement simple. Certains indicateurs peuvent être rapidement formés.

Energie fournie

Les principaux indicateurs sont les coûts de l’énergie, rapportés à une unité énergétique, généralement le kWh (kilowattheure). La création de ces indicateurs est simple, mais doit être réalisée.

Les calculs des fournisseurs d’énergie ne permettent pas, ou pas complètement, de voir directement les coûts de l’énergie par unité énergétique (ct./kWh).

Dans le cas du mazout, la facturation s’effectue au litre, c’est pourquoi la conversion doit s’effectuer à l’aide du pouvoir calorifique (l’indication en litres doit en outre être convertie à une température de référence). Si plusieurs livraisons sont effectuées dans une année, il convient de prendre la valeur moyenne. Les réserves de fin d’année dans la citerne doivent être évaluées et imputées sur l’année suivante.

Le gaz naturel est mesuré en mètres cubes (m³) mais est souvent facturé par le fournisseur en kilowattheures, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de faire la conversion. Celui-ci exige également souvent des montants fixes tels que les frais de raccordement et les frais de compteur. Ces coûts fixes doivent également être convertis au pro rata de la consommation annuelle (en kWh). Cette valeur est ensuite ajoutée au prix du gaz par kWh et ainsi, les coûts sont pris en compte de façon complète.

Dans le cas de l’électricité, c’est un peu plus compliqué, car on est en présence de frais fixes et de tarifs différents (selon l’heure et la saison) ainsi que de prestation du fournisseur d’électricité et d’un prix pour l’énergie réactive. Pour obtenir un chiffre de comparaison simple, on peut diviser les coûts totaux annuels de l’achat d’électricité par la consommation totale d’énergie effective par an (en kWh), ce qui permet de calculer un prix moyen (en ct./kWh) de la consommation électrique. Cette valeur permet un calcul simplifié du bénéfices des mesures d’économie, et peut également être utilisée à titre de comparaison.

L’énergie issue du bois est généralement facturée en poids (kg) ou en volume (stère ou m3). Dans ce cas, le calcul d’un prix moyen de l’énergie est difficile, car le pouvoir calorifique du bois dépend fortement de l’espèce d’arbre, de la teneur en humidité et de la part d’écorce. Eventuellement, il faudra mesurer la chaleur (utile) produite pour pouvoir en déduire la teneur énergétique du bois livré. Le rendement de la chaudière doit être estimé le mieux possible. C’est souvent ainsi que l’on procède dans le cas des chaudières à bois déchiqueté.

Pour l’eau potable, il est également utile de calculer le prix moyen par litre et/ou par m³, y compris les taxes sur les eaux usées. Une grande partie de la facture d’eau se compose toutefois de frais fixes, sur lesquels il est difficile de réaliser des économies.

Energie utile produite

Souvent, il est également intéressant de connaître le prix de la chaleur utile produite. Pour obtenir un prix de la chaleur par kWh, il faut non seulement connaître l’apport d’énergie pour la production de chaleur (énergie finale), mais aussi l’énergie utile produite (ici la chaleur). A cet effet, un compteur de chaleur est nécessaire à la sortie du générateur de chaleur. Les coûts de la production de chaleur incluent les coûts de l’énergie (y compris l’énergie auxiliaire!), l’amortissement de la production de chaleur, des installations d’approvisionnement en énergie ainsi qu’une contribution financière à la chaufferie et au besoin de place (loyer fictif). A partir de tous ces coûts, divisés par la quantité de chaleur produite, on peut calculer un prix de revient moyen de la chaleur. Le plus pertinent et le plus simple est de toujours réaliser ce calcul sur une année. Ce calcul est souvent très parlant et dans tous les cas intéressant. Pour réussir véritablement à optimiser les coûts, il est même indispensable. Si l’on ne dispose d’aucun compteur de chaleur, la production de chaleur peut également être calculée à partir de l’apport d’énergie et du rendement supposé de la génération de chaleur (ou coefficient de performance pour les pompes à chaleur).

Comparaison des coûts totaux de différents systèmes de chauffage

Les coûts totaux de fonctionnement du chauffage se composent des éléments suivants:

  • Coûts du combustible ou de l’énergie
  • Coûts annuels fixes
  • Coûts du capital

Coûts de l’énergie

Chauffage à mazout

  • Coûts d’achat du combustible (prix du mazout)
  • Intérêts pour le préfinancement du combustible

Chauffage à gaz

  • Coûts d’acquisition du gaz (prix du travail)
  • Taxes de base et taxes de location pour le compteur de gaz

Chauffage électrique ou à pompe à chaleur

  • Coûts d’acquisition de l’électricité (prix du travail et éventuellement des prestations, éventuellement en fonction des heures et/ou de la saison, et éventuellement prix de l’énergie réactive)
  • Loyers du compteur, taxes de base

Coûts annuels fixes

Chauffage à mazout

  • Coûts d’entretien (contrat de service) et de réparation
  • Ramoneur et contrôle des gaz de combustion
  • Part annuelle de la révision de la citerne (1/10 des coûts de révision tous les 10 ans)
  • Coûts de l’électricité pour les appareils auxiliaires
  • Primes d’assurance (p. ex. part de l’assurance du bâtiment sur l’assurance dégât des eaux)

Chauffage à gaz

  • Coûts d’entretien (contrat de service) et de réparation
  • Ramoneur et contrôle des gaz de combustion
  • Coûts de l’électricité pour les appareils auxiliaires
  • Primes d’assurance

Chauffage électrique ou à pompe à chaleur

  • Coûts d’entretien (contrat de service) et de réparation
  • Coûts de l’électricité pour les appareils auxiliaires
  • Primes d’assurance

Coûts du capital

Pour calculer les coûts du capital annuels (= taux d’intérêt annuel du capital investi et amortissement), on utilise la méthode des annuités. Le taux d’intérêt considéré est le taux hypothécaire actuel. Pour le calcul des coûts annuels moyens, on peut également se baser sur un taux hypothécaire moyen (p. ex. 4 %).

Les grandes installations peuvent généralement être comptabilisées avec une durée d’amortissement plus longue que les petites installations. Pour un calcul sérieux des coûts, il convient de se baser sur la durée de vie minimale. La durée de vie technique effective peut être supérieure.

Dans le calcul des coûts globaux pour un assainissement du chauffage, il convient d’utiliser les durées d’amortissement des pièces existantes de l’installation qui peuvent continuer à être utilisées, conformément à leur valeur résiduelle. Cela s’applique par exemple à une citerne à mazout et à l’espace occupé par la citerne pour un chauffage à mazout. Les installations nouvelles, telles que par exemple le raccordement à une conduite de gaz, doivent être entièrement intégrées dans le calcul.

Les facteurs d’annuité peuvent être calculés ou déterminés à l’aide de tableaux, à partir de la durée d’amortissement (Tabl. 2) et du taux d’intérêt. Cela permet ensuite de calculer les coûts annuels du capital.

Tableau 2: Durée d’amortissement pour les différents éléments d’une installation de chauffage

Autres valeurs caractéristiques

Pour le décompte des coûts moyens du froid par kWh, on peut effectuer un calcul analogue à celui des coûts du chauffage.

D’autres indicateurs possibles sont les coûts de l’énergie, rapportés au produit de l’entreprise (p. ex. par kg de pain, par journée d’hospitalisation, par poste de travail ou par CHF d’honoraires).

Le calcul des parts, en pourcentage, des coûts de l’énergie sur le reste des coûts de production ou du bâtiment est souvent très significatif et peut faciliter la prise de décisions ainsi que la définition de priorités.

4.2.3 Statistiques et procédures

Pour l’optimisation des coûts, il est important de connaître la consommation d’énergie des années passées. Pour l’optimisation énergétique, un enregistrement mensuel de la consommation d’énergie est utile. Une représentation graphique est précieuse pour reconnaître immédiatement l’évolution et les aberrations.

Contrôle du prix de l’énergie

Les prix actuels sur le marché de l’énergie sont une grandeur de comparaison importante qui doit en permanence être surveillée. Le relevé des prix de l’énergie est une aide précieuse.

L’évolution des prix de l’énergie donne des informations sur leur tendance et leur volatilité. Dans le cas du mazout, la stratégie d’achat peut être contrôlée. Toutefois, l’expérience montre qu’il est difficile d’estimer la tendance future à partir des données passées. Il n’existe aucune tendance claire indiquant que les prix de l’énergie ne cessent d’augmenter. Une fois corrigés de l’inflation, les prix de l’énergie sont plutôt à la baisse. (Illustr. 8)

Illustration 8: Evolution des prix de l’énergie pour les consommateurs (réelle, indexée)
Extrait de: Statistique globale suisse de l’énergie 2012, OFEN, Berne

4.2.4 Comparaisons et analyse des points faibles

A partir des indicateurs collectés ou ici des prix de l’énergie, il est possible de réaliser des comparaisons avec des entreprises similaires, et de comparer entre eux les coûts et prix des différents agents énergétiques et des différentes formes d’énergie. Il peut être problématique de ne disposer d’aucun indicateur comparable, par manque d’indicateurs de coûts standardisés et de prix de l’énergie. L’idéal est que différentes entreprises se regroupent pour former un « groupe d’expérience sur l’énergie », définissent les indicateurs au sein du groupe et comparent les prix de l’énergie. Il existe déjà de telles initiatives, parfois soutenues par les cantons et la Confédération. On peut par exemple citer le programme de SuisseEnergie, l’Agence de l’énergie pour l’économie ou l’Association pour la promotion de la qualité énergétique des appareils industriels pour l’hôtellerie, la gastronomie et la restauration collective (ENAK).

Les indicateurs de coût permettent de déterminer si un agent énergétique doit être remplacé par un autre moins coûteux ou si les prix payés sont concurrentiels.

Les « points faibles » des coûts de l’énergie peuvent être des indicateurs trop élevés par rapport aux benchmarks ou une augmentation continue des coûts de l’énergie. Un autre « point faible » peut être une part trop élevée des coûts de l’énergie sur les coûts totaux d’un produit.

4.2.5 Mesures de réduction des coûts de l’énergie

En présence de points faibles, des mesures doivent être prises. Les coûts de l’énergie peuvent être réduits à l’aide de différentes mesures:

  • Réduction de la consommation d’énergie (voir le chap. 9): les entreprises qui comptent parmi les gros consommateurs d’énergie peuvent économiser des coûts supplémentaires en signant une convention d’objectifs et en optimisant continuellement leur consommation d’énergie. Ils peuvent alors bénéficier d’une exonération des suppléments RPC sur le prix de l’électricité.
  • Choix d’agents énergétiques moins chers: le risque est que des différences de prix à court terme aboutissent à une décision sur le long terme, qui s’avérerait par la suite peu  judicieuse.
  • Sélection de fournisseurs compétitifs: là encore, il faut garder à l’esprit que la situation peut changer. Des contrats à long terme  avec un fournisseur permettent certes d’obtenir de bas prix, mais présentent également le risque de ne pas pouvoir réagir à un changement à court terme sur le marché. L’avantage réside par contre dans la sécurité à plus long terme des prix de l’énergie. Ce n’est qu’après-coup que l’on peut évaluer si un contrat à long terme est intéressant ou non.
    La comparaison de différents fournisseurs pose également le problème des différentes structures tarifaires. Cela est aujourd’hui très net avec le téléphone, où selon le moment, la longueur et la distance d’une conversation, l’une ou l’autre société de téléphonie est moins chère. Il est donc très difficile de déterminer quelle est la société la moins chère. La tendance est similaire pour l’achat de l’électricité.
  • Moment de l’achat d’énergie: c’est très net avec le mazout, dont le prix est soumis à de fortes variations. Il peut être totalement différent d’acheter du mazout d’une semaine à l’autre. Il ne serait toutefois que pure spéculation d’essayer de déterminer quel moment est le plus propice, car l’évolution future des prix peut difficilement être prédite. Le moment de la conclusion d’un contrat de fourniture d’énergie peut également avoir une influence importante sur la hauteur des tarifs. Le plus chanceux est celui qui parvient à conclure un contrat justement dans la phase de bas prix.
  • Réduction du besoin de puissance de pointe: dans le cas de l’électricité notamment, mais aussi du gaz, la réduction du besoin de puissance peut contribuer à économiser de l’énergie, puisque l’on peut alors se contenter de payer pour une puissance plus faible ou négocier un tarif plus avantageux. Pour cela, des systèmes de gestion de la charge électrique peuvent être mis en place.
  • Recours au bas tarif ou au tarif de nuit: dans le cas de l’électricité, il existe aujourd’hui souvent deux tarifs. Le décalage de la consommation dans la période de bas tarif est une autre méthode de réduction des coûts de l’énergie.
  • Les gros consommateurs d’électricité (plus de 0.1 GWh) peuvent aujourd’hui acheter l’électricité sur le marché libre selon une consommation prévue « Fahrplan », (« feuille de route »). Selon à quel point cette prévision de consommation est avantageuse (selon la DUP) pour le fournisseur d’électricité, le prix est plus ou moins élevé. Les erreurs de prédiction peuvent être parfois onéreuses.
  • Éviter l’achat d’énergie réactive: si des anciens luminaires à ballast ferromagnétique ou des moteurs non compensés engendrent une consommation d’énergie réactive supérieure aux limites autorisées, il est en général intéressant de prendre des mesures pour l’éviter: par exemple remplacement des ballasts ferromagnétique par des lampes à LED efficientes avec cos Φ de 1, ou l’installation de batteries de compensation centralisées.
  • A l’avenir, l’électricité pourrait être achetée de façon dynamique et payée selon des tarifs variables dans le temps, selon la quantité d’électricité qui pourra être produite à partir de sources renouvelables. Une gestion dynamique de la charge est alors intéressante.
  • A l’avenir, le stockage décentralisé de l’électricité ou d’une autre énergie pourrait être intéressant pour économiser sur les coûts.

Certaines de ces mesures ont principalement un avantage en termes de coûts, car si l’énergie est achetée à plus bas prix, la consommation n’est pas réduite. Les coûts de ces mesures proviennent principalement du travail supplémentaire nécessaire pour créer les indicateurs et optimiser l’achat d’énergie. Si des mesures techniques sont requises, des coûts d’investissement sont en général à prévoir également. Ces mesures permettent d’optimiser la consommation d’énergie, d’éliminer les charges de pointe et/ou d’accroître l’efficience. Les avantages en termes de coûts s’expriment ici dans de meilleurs indicateurs, par exemple dans un besoin réduit d’achat d’énergie et/ou dans une plus faible part des coûts de l’énergie sur les coûts totaux.

La mise en œuvre des mesures côté achat comme côté technique est souvent facile au départ. Avec le temps, ces mesures simples sont réalisées et fonctionnelles. Il est bien plus difficile d’identifier et de mettre en œuvre plus tard d’autres mesures supplémentaires.

Pour optimiser l’achat d’énergie, on peut aujourd’hui s’appuyer sur des conseillers spécialisés. Avec la libéralisation du marché de l’électricité, l’achat notamment de l’électricité est nettement plus exigeant. Différents modèles tarifaires et réductions de prix sont proposés, ce qui rend la comparaison des prix difficile. Souvent, le client doit également connaître précisément sa consommation d’électricité et son évolution, ce qui exige dans certaines circonstances des mesures et analyses de données supplémentaires.

Contrôle des résultats

Il est également important de soumettre l’optimisation des coûts à un contrôle des résultats. La comparaison des coûts dans le temps et/ou avec des valeurs de comparaison indique le degré de réussite d’un management actif des coûts de l’énergie. Il est intéressant d’adapter l’évolution des prix de l’approvisionnement en énergie à l’indice de renchérissement ainsi que de prendre en compte l’évolution de la productivité de l’entreprise.


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